Dans l’étreinte
de ta miséricorde

 

31e dimanche
du Temps ordinaire

Année A
– 2 novembre 2008


Lectures bibliques
Sg 3, 1-9; Ps 26; Rm 8, 14-17;
Mt 12, 35-38



Note historique – liturgique

Le culte envers les défunts est aussi vieux que l’homme. Son souvenir liturgique est clairement attesté par Tertullien (+240) avec la célébration de l’Eucharistie au jour anniversaire de la mort, ou mieux, de la naissance à la vie éternelle (cf. De Corona, III).

Le souvenir commun et annuel des défunts entre progressivement dans le calendrier liturgique à partir du VII siècle, à des dates différentes suivant les traditions locales. La commémoration au 2 novembre, comme écho de la solennité de Tous les saints, est attribuée à Odilon, abbé de Cluny, en 998. Par la suite, cette commémoration se répandit rapidement partout. À Rome, elle est confirmée avec certitude, pour la première fois, au début du XIV siècle. De là, elle est passée dans le calendrier universel avec la publication du Missel Romain de 1570. Par son contenu fondamental (= la foi en la vie éternelle) ainsi que par son enracinement populaire, cette solennité l’emporte sur le dimanche du temps ordinaire.

Pour des raisons homilétiques évidentes, les brefs commentaires qui suivent tiennent compte du message global des passages de l’Écriture des trois schémas de Messe pour ce jour.

Interpréter

Évangile

La Parole du Seigneur Jésus ouvre le cœur à l’espérance : il a été envoyé par le Père afin que rien ne soit perdu de tout ce qui est beau, grand et bon dans la vie présente.
La volonté du Père est que « celui qui voit le Fils et croit en lui ait la vie éternelle ». Croire dans le Fils signifie le reconnaître dans le prochain : « J’ai eu faim et vous m’avez donné à manger… ». Notre vie sera évaluée à la mesure avec laquelle nous avons su aimer Dieu au travers du prochain.

Dans le Christ, Dieu s’est incarné. La proclamation des béatitudes relie intimement la commémoration des défunts à la fête des saints : le saint, le « bienheureux », c’est-à-dire, l’héritier du royaume, c’est celui qui vit dans la pratique des béatitudes, même au prix d’être considéré naïf. Toutefois, il arrive souvent que la mort rende déjà justice à la vérité. Nous reconnaissons trop souvent la valeur de nombreuses personnes seulement lorsqu’elles ne sont plus parmi nous.

Première lecture et psaume

Face à la mésaventure, Job accomplit cet acte de foi que chacun de nous est appelé à faire dans plusieurs circonstances tragiques de la vie et surtout devant la mort : « Je sais que mon rédempteur est vivant et qu’au dernier jour, il surgira de la terre ». Foi qui est résumée dans le refrain du psaume 26 : « Je suis sûr de contempler la bonté du Seigneur dans la terre des vivants ».

Le prophète Isaïe alimente cette même foi avec l’image du banquet pour tous les peuples, pour tous ceux qui ont cherché le Seigneur, sa justice, et qui ont mis leur espoir en lui. « Celui qui met son espoir dans le Seigneur ne sera pas déçu ».
Aux yeux des insensés, la mort est la triste conclusion d’une existence cruelle. La Sagesse divine nous assure que ceux qui ont confiance dans le Seigneur « comprendront la vérité, les fidèles dans l’amour demeureront auprès de lui, parce que la grâce et la miséricorde sont pour ses élus ». « Mon âme a soif du Dieu vivant ».

Deuxième lecture

Si Dieu, dans le Christ, nous a manifesté son amour alors que nous n’étions pas encore justifiés par son sang, combien plus il le fera maintenant que nous sommes devenus corps de son Fils par le Baptême.
L’amour de Dieu envers nous ne s’arrête que devant notre refus conscient; un amour exprimé par le crucifié et qui éclaire notre rencontre avec Dieu après la mort.

Notre existence terrestre ressemble à une gestation continue, guidée par l’Esprit, pour nous conformer au Christ et pour que nous naissions à la vie éternelle comme ses frères et comme les héritiers de la même gloire que lui. En reprenant les images d’Isaïe, l’Apocalypse éclaire le labeur de cette gestation terrestre en projetant notre regard sur la Jérusalem nouvelle et éternelle où Dieu « essuiera toute larme », et que chacun de nous sera comme la femme qui, après avoir accouché, ne se souvient plus de son affliction, dans la joie qu’un homme est venu au monde (cf. Jn 16, 21).

Annoncer

Plusieurs questions sont posées en cette vie mais une seule les résume toutes : Quel est le sens de notre vie? Pourquoi la mort? Qu’y a-t-il après la mort?
Si la Parole de Dieu ne donnait pas de réponse, toute l’Écriture deviendrait un message éphémère. C’est pour cela que le Christ ressuscité est le sommet de la révélation. « Si le Christ n’est pas ressuscité, alors notre prédication est vaine et vaine aussi est votre foi » (1 Co 15, 14).

Enseigner

Parmi les êtres vivants, seul l’être humain est conscient de sa vie et de sa mort et sent qu’il ne peut supprimer le désir d’une vie sans fin.
C’est une aspiration qui s’enracine dans notre origine et dans notre fin au-delà du temps et de l’espace.

Exhorter

Le culte des défunts est propre à l’être humain. Nous avons l’intuition d’une communion avec nos êtres chers qui ne s’éteint pas devant le tombeau. Ce lien d’affection que nos défunts laissent dans notre cœur est comme le gage d’une communion qui se reconstruira pleinement un jour.

Introduire au mystère

« Seigneur, la mort nous conduit souvent à douter même de la vie présente. Sois notre force. Fais retentir encore à nos oreilles et dans notre cœur tes promesses de salut. Rappelle souvent à notre mémoire ton Fils Jésus ressuscité des morts. Lui seul est la lumière qui peut chasser les ténèbres de cette nuit obscure où nous sommes plongés.
Soutiens-nous sur notre route laborieuse. Avec la force de ton Saint Esprit, guéris nos blessures et alimente notre espérance.
O Dieu des vivants, nous te confions aussi nos défunts. Toi qui les aimes plus que nous avons su les aimer sur cette terre, garde-les dans ton amour auprès de toi, avec ton Fils, Jésus Christ et avec l’Esprit Saint. Amen! » (Rituel français des funérailles, 212).

S. Sirboni